C'était le projet familial du printemps 2019 : installer un poubellarium sur notre terrasse. Par poubellarium entendez "aquarium d'extérieur géant". Jusqu'à l'avènement des pots de jardin xxl en plastique, les seuls contenant étanches sufisamment grands pour ce type de projet étaient des barriques en bois ou des poubelles de ville !... d'où le nom de poubellarium. Pas forcément super esthétique.
Les enfants étaient particulièrement motivés, bien concients que bubulle 1 et bubulle 2 (poisson rouge 1 et poisson rouge 2) allaient rapidement manquer de place dans leur 60 litres pourtant déjà luxueux : vrai plante, vrai gravier, vraie lumière et vraie filtration. Lorsqu'on les voit dans leur petit bac en plastique trôner au milieu du stand "pêche aux canards" de la fête foraine, on a un peu de mal à imaginer que les poissons rouges ont besoin de 100 litres d'eau pour se développer harmonieusement.
J'ai donc commencé à chercher un contenant (ce qui paraît simple au premier abord) mais... beaucoup de pots en plastique sont livrés pré-percés pour l'écoulement de l'eau. Plouf, plouf. J'ai vu grand, trèèèèès grand. Soyons fous ! 170 litres, 80 centimètres de diamètre, le truc ne rentrait pas dans mon coffre de voiture et le camion qui me le livrait ne rentrait pas dans ma rue étroite. Bref. J'ai choisi un contenant de couleur vert anis. Trop sombre il aurait emmagasiné la chaleur en été et fait grimper la température de l'eau. Pas bien ! les poissons rouges ont horreur des changements brutaux de température. Après il a fallu réfléchir au "sol". Les enfants m'ont aidé à choisir de gros galets trouvés dans le jardin (et oui je déterre des galets moi) que nous avons brossés et lavés soigneusement (sans produit chimique). Nous avons acheté un substrat type Aqualite normalement destiné aux aquariums. Quelques plantes oxygénantes immergées, des lentilles et des laitues d'eau ont été installées et le bac a été mis en eau. C'est là que les choses se sont compliquées : Il fallait attendre... attendre que les bactéries colonisent cet environnement et que le cycle de l'azote se mette en place. Cela s'appelle le cyclage, c'est valable pour tous les aquariums. Oui mais comment je dis moi à deux gamins surexcités que les bubulles vont devoir attendre 1 mois avant de rejoindre leur nouveau domaine ? bon j'ai grugé (hi hi hi). J'ai apporté un peu de l'eau de mon ancien aquarium (qui contenait déjà les bonnes bactéries dénitrifiantes) et l'attente n'a duré que 15 jours.
Le jour J est arrivé ! on a acclimaté doucement nos poissons à leur nouvelle "eau" en ajoutant l'équivalent d'un verre à moutarde d'eau du poubellarium dans leur aquarium tous les quarts d'heure et puis zou ! A la baille. Réaction stupéfiante : ils se sont mis à nager dans tous les sens comme des fous ! jamais vu ça...Pendant plusieurs jours on ne les a pas vus, ils sont restés (je suppose) tapis dans le fond (peut-on utiliser ce verbe pour un poisson ????). J'ai même cru qu'un goéland avait fait une partie de pêche miraculeuse. Voila les premières photos. Comme il n'y a pas de "berges", j'ai eu l'idée d'utiliser des pots pour rembarde, de les bloquer à cheval sur les bords du bac et d'y installer des plantes aquatiques : prêle japonaise et papyprus. En parallèle, nous nous sommes lancés dans la culture du lotus à partir de graines (en provenance de chine).

L'eau est claire ... ca ne va pas durer.

Les prêles et les papyrus ont poussé et l'eau est totalement verte... Les algues ont proliféré à grande vitesse, ce qui n'a pas empêché les poissons de grandir. Les bubulles ont pris de l'embonpoint, ils n'ont jamais été aussi vifs et aussi rouges.
J'ai introduit un planorbe rouge (escargot mangeur d'algues qui colonise déjà notre aquarium tropical), sans grande conviction. Il devait mesurer 6-7 mm environ. Nous l'avons vu régulièrement ramper sur les bords du bac (on le repèrait d'ailleurs grace aux sillons clairs d'algues grignotées qu'il laissait sur son passage). Lui aussi a du apprécier ce retour à la nature, il atteint désormais une taille de l'ordre de 2 cm. Je n'en ai jamais obtenu un aussi grand dans l'aquarium d'eau chaude. L'esgargot a été aidé par une pompe qui a parfaitement géré le problème d'eau verte.
L'hiver est passé. Les laitues d'eau ont disparu, les papyrus se sont desséchés. Les feuilles mortes sont tombées en masse dans le bac. Nous avons eu quelques gelées (bon on est en Normandie tout de même, ça n'est pas violent), j'ai cassé la glace et les bubulles étaient toujours vivants dessous. Le planorbe aussi !
Nous sommes au printemps. J'ai effectué un grand nettoyage du fond (avec un aspirateur pour aquarium), toute la substance organique en décomposition formant un épais tapis de vase franchement dégueu. Je ne suis pas sûre que les lotus aient eux résisté au froid. Je ne vois rien pointer dans mes petits bacs. J'attends une commande spéciale mais... je ne vous en dis pas plus. Photos à venir !!! (enfin j'espère)
Bilan à un an :
Non, rien de rien, non on ne regrette rien.
Nb : on ne dit pas se tapir pour un poisson mais être "à l'agachon". Merci Sylvie !